Canicule : quels effets sur la santé mentale des salariés ?

Publié le 24/06/2026 par DP
Canicule et santé mentale
Alors que les épisodes de chaleur extrême se multiplient et que les effets sur la santé physique sont désormais bien documentés, leurs répercussions sur la santé mentale restent moins connues. Pourtant, les fortes chaleurs peuvent favoriser l’anxiété, les troubles du sommeil, l’irritabilité, les difficultés cognitives ou encore l’aggravation de pathologies psychiatriques. Dans ce contexte, la canicule apparaît comme un facteur de risque psychique qu’il est essentiel d’identifier et de prévenir.

Des liens établis entre chaleur et santé mentale


La chaleur et l'humidité élevées augmentent le stress physiologique, perturbent le sommeil et limitent les stratégies d'adaptation (coping), ce qui peut aggraver l'anxiété, la dépression et l'irritabilité. 

Les hausses de température sont également associées à une augmentation des symptômes psychiques, des admissions psychiatriques, des troubles anxieux et dépressifs, de l'agitation, de la fatigue, des troubles du sommeil et des troubles cognitifs affectant l'attention et la mémoire. Elles peuvent aussi exacerber les troubles psychotiques, les troubles bipolaires et les démences, avec un risque accru de désorientation, de décompensation, d'agressivité, de violence et de conduites suicidaires.

Sources  : psychologytoday.com ecopsychepedia.org charliehealth.com sciencedirect.com ecopsychepedia.org charliehealth.com

 

Quelques chiffres clés

  • Une étude menée à Taïwan a observé une augmentation de 7% du risque de dépression majeure pour chaque degré Celsius supplémentaire au-dessus de 23°C lors d'une exposition à long terme.
    charliehealth.com
  • Une augmentation de 1°C au-dessus de la température moyenne mensuelle est associée à une hausse de 0,7% des suicides aux États-Unis et de 2,1% au Mexique.
    nature.com
  • Les admissions psychiatriques augmentent pendant les vagues de chaleur, notamment chez les personnes âgées et les personnes atteintes de démence.
    charliehealth.com


Quels mécanismes peuvent expliquer ces effets ?


La littérature évoque plusieurs mécanismes, à la fois physiologiques, psychologiques et comportementaux, pour expliquer l’effet de la chaleur sur la santé mentale. 

  • Sur le plan physiologique, la chaleur peut activer l’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA) et augmenter le cortisol, stimuler le système nerveux sympathique avec hausse de l’adrénaline, provoquer une déshydratation et des déséquilibres électrolytiques, entraîner une vasodilatation, de la fatigue, une inflammation systémique légère et perturber le sommeil.
  • Sur le plan psychologique et comportemental, elle peut accroître le stress perçu, l’irritabilité et le sentiment d’impuissance, favoriser l’isolement lié au fait de rester davantage à domicile, réduire les loisirs extérieurs et les stratégies de régulation émotionnelle, et s’accompagner d’une anxiété sanitaire/climatique.

Sources : sciencedirect.com psychologytoday.com ecopsychepedia.org.
 


Comment prévenir les risques ?


Pour limiter les effets de la chaleur, plusieurs mesures peuvent être mises en place : 

Prévenir et réduire l'exposition

  • Adapter le travail : horaires décalés, pauses fraîches planifiées, réduction des tâches physiques pendant les heures les plus chaudes, télétravail lorsque possible.
  • Aménagements : climatisation ou rafraîchissement adiabatique, ventilation, espaces de repos frais, accès à l’eau fraîche, vêtements/EPI légers et respirants.
  • Protocoles "plan canicule" interne : seuils d’alerte, messages multicanaux, binômes de surveillance sur les sites exposés, check-list hydratation et signes d’alerte.

Protéger la santé mentale 

  • Dépistage bref (anxiété, dépression, troubles du sommeil) lors des épisodes de chaleur, avec accès rapide à un soutien psychologique ou à une ligne d’écoute.
  • Informations ciblées : hydratation, sommeil en période de forte chaleur, stratégies d’adaptation, gestion de l’irritabilité, plan de sécurité en cas d’idées suicidaires.
  • Identification des salariés vulnérables (traitements psychotropes ou anticholinergiques, pathologies psychiatriques, grossesses, salariés âgés de plus de 60 ans, travail en extérieur) et proposer des aménagements individualisés.

Intégrer ce risque dans la démarche de prévention

  • Intégrer le risque chaleur dans le DUERP, suivre les indicateurs (malaises, accidents liés à chaleur, arrêts, demandes d’aide), réaliser un retour d'expérience après chaque épisode caniculaire.
  • S’aligner sur modèles CDC “Assessment–Planning–Implementation–Evaluation”. cdc.gov.
     

Signes d’alerte à repérer (immédiats et psychiques)
 

  • Signes d’alerte physiques (chaleur / physiologique) : céphalées, soif intense, crampes, peau chaude et sèche ou moite, vertiges, confusion, troubles de l’élocution, tachycardie, nausées. Urgence en cas de confusion, syncope, hyperthermie ou convulsions.
  • Signes d’alerte psychiques / comportementaux : irritabilité marquée, anxiété aiguë, agitation ou agressivité inhabituelle, repli soudain, pleurs fréquents, propos désespérés, idées ou discours suicidaires, désorganisation, hallucinations chez les sujets vulnérables.
  • Facteurs aggravants : manque de sommeil, consommation d’alcool ou de caféine, et certains traitements (diurétiques, anticholinergiques, neuroleptiques).
     

Mesures individuelles simples
 

  • Hydratation et alimentation : boire régulièrement tout au long de la journée, en évitant l’alcool et le café fort ; privilégier des repas légers salés/sucrés. En cas d’urines foncées, augmenter l’hydratation.
  • Rafraîchissement : utiliser la brumisation avec ventilation, prendre des douches tièdes, rester dans des espaces ombragés ou frais, et privilégier des siestes courtes aux heures les plus chaudes.
  • Sommeil : maintenir une chambre aussi fraîche que possible, utiliser un ventilateur en sécurité, limiter les écrans avant le coucher, et favoriser une sieste de 20 minutes si nécessaire.
  • Équilibre émotionnel : intégrer des pauses régulières, pratiquer une respiration lente (4 à 6 minutes), conserver des interactions sociales quotidiennes et réduire l’exposition aux informations anxiogènes en période d’alerte.

Quand orienter en urgence ?

Toute confusion, propos suicidaires, tentative, délire aigu ou signes de coup de chaleur (température élevée, troubles neurologiques) : activer le protocole d’urgence/SAMU.


Solidité des données : Les associations entre chaleur, détresse mentale et admissions psychiatriques sont cohérentes à l’échelle de différentes régions. Les mécanismes fins sont plausibles mais encore peu documentés expérimentalement, ce qui souligne l’importance de renforcer la surveillance et de structurer des actions de prévention.

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